latin


latin

latin, ine [ latɛ̃, in ] adj. et n.
• 1160; lat. latinus
I Adj.
1Antiq. Du Latium.
2Des provinces ou des peuples soumis à la domination de Rome et auxquels elle a imposé sa langue et sa civilisation. romain. Les peuples latins, et n. les Latins. Le monde latin. latinité. La langue latine.
De la langue latine; en cette langue. Déclinaisons latines. Tournure latine. latinisme . Version latine.
Par ext. QUARTIER LATIN : quartier de Paris, situé sur la rive gauche de la Seine, où s'élevait l'ancienne Université (dont l'enseignement était donné en latin) et où se trouvent encore des facultés.
3D'origine latine. Langues latines. 2. roman. L'Amérique latine : l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud où l'on parle des langues issues du latin (espagnol et portugais). ⇒ latino-américain.
Qui a été influencé par la civilisation latine, méditerranéenne. Esprit, tempérament latin. N. Un Latin. Les Latins. « pas de bavardages : les Latins parlent toujours trop » (Maurois).
4Spécialt (XIIIe) Église latine : Église chrétienne d'Occident qui célébrait les offices en latin (opposé à Église orthodoxe grecque ou Église d'Orient). Rite latin. romain. Croix latine.
5(1573) Mar. Voile latine : voile triangulaire à antenne, qui était en usage sur la Méditerranée.
II N. m. Langue indo-européenne flexionnelle du groupe italo-celtique, qui était parlée dans l'Antiquité dans tout l'Empire romain ( italique) et qui s'est conservée comme langue savante et religieuse sous sa forme écrite. Latin de Cicéron. Latin classique; impérial; bas latin, latin médiéval; latin moderne, scientifique. Latin populaire, vulgaire, parlé au Moyen Âge. Langues issues du latin populaire. 2. roman. Messe en latin. « je sais le latin aussi bien que M. le curé » (Stendhal). Péj. Latin de cuisine, latin macaronique : mauvais latin; jargon imitant le latin par ajout de désinences à des mots français.
Loc. (Y) perdre son latin : ne plus rien (y) comprendre. C'est à y perdre son latin ! incompréhensible.

latin nom masculin Langue indo-européenne du groupe italique, parlée dans l'Antiquité par les Romains et qui est l'ancêtre des langues romanes modernes. ● latin (citations) nom masculin Nicolas Boileau, dit Boileau-Despréaux Paris 1636-Paris 1711 Le latin dans les mots brave l'honnêteté, Mais le lecteur français veut être respecté. L'Art poétique Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu château de La Brède, près de Bordeaux, 1689-Paris 1755 Il faut d'abord bien savoir le latin. Ensuite il faut l'oublier. Mes penséeslatin (expressions) nom masculin Latin de cuisine, jargon formé de mots français à désinences latines. Familier. Y perdre son latin, ne pas pouvoir expliquer quelque chose, renoncer à comprendre. ● latin, latine adjectif et nom (latin latinus) Du Latium. Qui appartient à un pays où la langue est d'origine latine. Qui a les caractéristiques, le comportement attribués traditionnellement aux personnes appartenant aux pays de civilisation romaine : C'est un Latin, il parle beaucoup.latin, latine adjectif Qui relève de la langue des Romains, qui s'exprime dans cette langue : Une grammaire latine. Les auteurs latins. Se dit des langues qui ont le latin pour origine et des pays qui ont subi l'influence de la civilisation romaine. Se dit d'une voile triangulaire à antenne et d'un bâtiment gréant ce type de voile. ● latin, latine nom Sujet de la Rome antique n'ayant pas la qualité de citoyen, mais jouissant d'une situation privilégiée par rapport aux pérégrins et aux étrangers. Membre de l'Église latine. ● latin, latine (difficultés) adjectif Orthographe On écrit sans majuscule le Quartier latin, l'Amérique latine. - On écrit sans trait d'union bas latin. ● latin, latine (expressions) adjectif Alphabet latin, ensemble des lettres utilisées pour transcrire les langues romanes, puis un très grand nombre de langues. Basilique latine, type de basilique chrétienne à charpente, à trois nefs (nef centrale surélevée) et abside. Droit latin, statut juridique et politique accordé par Rome aux villes du Latium, puis à certaines colonies, enfin à l'Italie dans son ensemble et à certains particuliers (affranchis). Église latine, Église du rite latin, qui utilise le latin comme langue liturgique. Pères latins, Pères de l'Église d'Occident. Rite latin, rite de l'Église romaine. ● latin, latine (synonymes) adjectif Droit latin
Synonymes :
- latinité

latin, ine
adj. et n.
rI./r adj.
d1./d Originaire du Latium.
d2./d De la Rome ancienne ou des peuples romanisés.
d3./d Qui a trait à la langue latine. Littérature latine.
Alphabet latin.
Le Quartier latin: le quartier de la Sorbonne, à Paris.
d4./d Qui parle une langue romane (dérivée du latin). Les peuples latins: les Français, Italiens, Espagnols, Portugais, etc.
d5./d MAR Voile latine: voile triangulaire dont le grand côté est envergué sur une antenne.
rII./r n.
d1./d Habitant(e) du Latium ou des anciens pays latins.
d2./d Personne qui appartient à un peuple d'origine latine. Les Latins. Un tempérament de Latin.
d3./d n. m. Le latin: la langue latine. Latin classique: langue des plus célèbres auteurs lat. (notam. César et Cicéron). Latin ecclésiastique: latin de l'église catholique romaine. Latin populaire: langue du peuple lat., à l'origine des langues romanes.
Latin de cuisine: mauvais latin.
|| Loc. C'est à y perdre son latin: c'est à n'y plus rien comprendre.

⇒LATIN, -INE, adj. et subst.
I. — Adjectif
A. — 1. Qui est originaire du Latium; qui se rapporte au Latium, à ses habitants, à sa civilisation. Civilisation, mythologie latine. La ville latine de Lavinium (FUSTEL DE COUL., Cité antique, 1864, p. 476). La langue latine, (...) cette langue universelle, qui était le volapük d'autrefois entre les savants et les littérateurs de tous les pays (GONCOURT, Journal, 1892, p. 232). V. agriculteur ex. 12, albain ex. 4, confédération ex. 2.
En partic.
Droit latin. Ensemble des droits que Rome avait accordés aux habitants du Latium puis aux habitants d'autres provinces. Après la Guerre Sociale, toutes les anciennes villes du Latium, avec le reste de l'Italie, possèdent le droit de cité complet et le droit latin n'est plus appliqué que dans les provinces (LAVEDAN 1964).
Voile latine. Voile triangulaire enverguée sur une antenne, utilisée à l'origine par les habitants du Latium. Un bateau pêcheur dont la voile latine, Blanc triangle, reluit à travers la bruine (FRANCE, Poèmes dorés, 1873, p. 30). La substitution de la grande voile latine triangulaire à l'ancienne voile quadrangulaire réalisa un notable progrès (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p. 267). [En parlant d'un bateau] Qui ne porte que des voiles latines. Bâtiment latin. Goëlette latine (SOÉ-DUP. 1906).
Mer latine (littér.). Mer méditerranée. La mer latine (...) que bordent : au Nord la France et, au Midi, l'Empire français d'Afrique; (...) cette mer qui pénètre et relie à nous de vaillants peuples balkaniques (DE GAULLE, Mém. guerre, 1956, p. 536) :
1. ... dès novembre 1912, il fallut constater l'avènement d'une nouvelle puissance maritime en Méditerranée : l'empire allemand. (...) nous ne savions pas si l'Allemagne aborderait la mer latine par le Maroc, la Principauté monégasque, la Lybie ou (...) par un port de Syrie.
MAURRAS, Kiel et Tanger, 1914, p. XII.
Rem. Cf. les composés celto-latin (s.v. celte rem.), gréco-latin, hellénico-latin (s.v. hellénique rem.), helléno-latin (s.v. hellène rem.).
2. a) Qui s'exprime, qui écrit en latin (infra II B). La lecture des auteurs latins me parut insuffisante; et je partis pour l'Italie, afin de voir Rome (DUMAS père, Caligula, 1837, préf., p. 2). V. agronome ex. 5, assemblage ex. 9, cocardeau ex. :
2. La prophétie orientale d'un messie qui serait le maître du monde avait cours également parmi eux [les Romains]. Les historiens latins nous en sont garants. Tacite et Suétone s'en expriment clairement à propos de Vespasien et de Titus.
P. LEROUX, Humanité, t. 2, 1840, p. 735.
En partic.
Église latine. Église romaine d'Occident dont la langue cultuelle était le latin. Pères de l'Église latine :
3. Un autre argument en faveur de la reddition était la conduite plus qu'équivoque des chrétiens indigènes de rite grec. Dans sa haine de l'Église latine, l'élément grec se mettait au service de Saladin.
GROUSSET, Croisades, 1939, p. 248.
Relatif à l'Église latine. Rite latin. La construction de la messe, au point de vue historique, (...) c'est composite, fait de messe grecque et latine (BARRÈS, Cahiers, t. 7, 1908, p. 110). La fête du feu sacré, qu'on célèbre en ce samedi de Pâques, n'est pas une fête latine, mais une fête orthodoxe (THARAUD, An prochain, 1924, p. 7).
Croix latine.
Empire latin (d'Orient).
Pays latin (vx), quartier latin. Quartier de Paris sur la rive gauche de la Seine où se trouvait l'ancienne université (dont les cours se donnaient en latin). Étudiant, librairie du quartier latin. Poutillard vit dans une joyeuse société d'étudiants au quartier latin (DUHAMEL, Cécile, 1938, p. 98). À l'angle de la rue des Écoles et du boulevard Saint-Michel, (...) dans l'atmosphère de cris et de galopades du Quartier Latin (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 67) :
4. ... un quartier de la capitale, auquel les collèges de la Sorbonne, les pensions de l'ancienne Université, et plusieurs réunions savantes ont fait donner le nom de Pays Latin [it. ds le texte].
JOUY, Hermite, t. 2, 1812, p. 54.
b) Qui est écrit en latin, qui a rapport au latin. Livre, manuscrit, mot, texte, vers latin; thème latin; version latine; étymologie, grammaire, traduction latine; déclinaisons latines; versions latines de la Bible. Maxime Denis (...) composait un poème latin, imité d'Ovide, sur la métamorphose de M. Mésange en oiseau (FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 398). L'énigme pourrait bien prendre l'allure d'une provocation; au sens latin, bien sûr; pro-voquer : appeler au dehors (PERROUX, Écon. XXe s., 1964, p. 487) :
5. Une nuit il passe en revue sa bibliothèque latine. Virgile est un cuistre et un raseur; Horace a des grâces éléphantines; Cicéron est un imbécile et César un constipé...
LEMAITRE, Contemp., 1885, p. 326.
B. — Qui a certaines caractéristiques des habitants du Latium, des anciens Romains, ou certains traits physiques ou moraux qu'on leur attribue; qui a été influencé par leur civilisation (ces traits dominent en Italie, en Espagne, en Roumanie). Tempérament, type latin. Les Scandinaves (...) renièrent (...) Rome (...). Cette apostasie (...) est (...) une turpitude septentrionale dont la raison latine reste confondue (BLOY, Journal, 1899, p. 304). Il releva ses cheveux. Sa beauté était célèbre à Tolède : nez aquilin, yeux très grands, le masque conventionnel de beauté latine (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 622).
En partic. [En parlant d'une lang. ou d'un pays considéré du point de vue de sa lang.] Qui a pour origine le latin; dont la langue a pour origine le latin. Peuples latins; nations latines. La France (...) est, depuis deux cents ans, le véritable foyer de la libre pensée dans le monde (...). L'Italie, l'Espagne, l'Amérique du Sud, tous les pays latins où dominaient le catholicisme, ont suivi son exemple (MARTIN DU G., J. Barois, 1913, p. 441) :
6. ... les violences et les sorties de Saint-Victor, se déclarant latin de la tête au cœur, n'aimant que les arts latins, les littératures latines, les langues latines et ne trouvant sa patrie qu'en Italie, avec l'abomination des septentrionaux, indifférent à une invasion espagnole ou italienne, mais non allemande ou russe...
GONCOURT, Journal, 1857, p. 425.
Amérique latine. Amérique centrale et Amérique du Sud (où l'on parle l'espagnol ou le portugais). En dehors de l'Europe, les pays dont les recherches nucléaires ont atteint un stade important (...) sont (...) pour l'Amérique latine : l'Argentine et le Brésil (GOLDSCHMIDT, Avent. atom., 1962, p. 148).
II. — Substantif
A. — 1. Personne qui habitait le Latium; personne dont la langue était le latin. Les deux grandes sociétés italiennes, les Osci (dont les Latins sont une tribu), et les Tusci ou Étrusques (MICHELET, Hist. romaine, t. 1, 1831, p. 24). La première guerre menée contre les Samnites en 343 avant J.-C. entraîna (...) la guerre décisive entre Rome et les Latins (...). Le Latium sera dorénavant soumis à Rome, à sa politique, à son ambition et à ses lois (Encyclop. univ. t. 14 1972, p. 387) :
7. Ce sanctuaire de Némi, que nous avons vu si florissant, n'existe donc plus?... Ce sanctuaire était la force du Latium. C'en est fait de la confédération des Latins, à moins que le Capitole n'en devienne le centre nouveau.
RENAN, Drames philos., Prêtre Némi, 1885, II, 5, p. 558.
En partic.
Vx ou littér. Auteur écrivant en latin. J'aime à bouleverser une bibliothèque, Fouiller un chroniqueur qu'on a laissé moisir, Déchiffrer un Latin, quelque vieille ode grecque (BOREL, Rhaps., 1832, p. 36). Je l'ai écouté parler. Il se moque de vos Grecs et de vos Latins que je ne peux pas lire (SALACROU, Terre ronde, 1938, I, 1, p. 142).
Membre de l'Église latine. Les Latins et les Grecs diffèrent de croyance et de pratique en plusieurs points (Ac.).
Habitant de l'Empire latin d'Orient. La cour byzantine, qui se sentait menacée par les rancunes et les convoitises des Latins, avait conclu contre eux un pacte avec Saladin qu'elle tenait au courant des progrès de la croisade (GROUSSET, Croisades, 1939, p. 257).
2. Personne qui a certaines caractéristiques des habitants du Latium, des anciens Romains, ou certains traits physiques ou moraux qu'on leur attribue; personne qui a été influencée par leur civilisation. C'est une Latine pur sang; elle s'encombre d'un tas de préjugés élégants et néfastes (FARRÈRE, Homme qui assass., 1907, p. 179). Il avait un visage de Latin, très brun, très ouvert, avec quelque chose d'équilibré, de protecteur, qui me plut (SAGAN, Bonjour tristesse, 1954, p. 16). V. adipeux ex. 7 :
8. ... le président Poincaré et M. Clemenceau, en bons réalistes, en bons Latins qu'ils sont, ont compris, non seulement l'inanité de ses chimères, mais aussi la secrète mégalomanie du président Wilson...
MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p. 807.
B. — Subst. masc. sing. Langue indo-européenne du rameau occidental de cette famille, parlée par les habitants du Latium et par les anciens Romains, utilisée par les savants jusqu'au XVIIIe siècle, langue officielle de l'Église romaine. Latin classique, littéraire, médiéval, populaire, vulgaire; bas latin; bon, mauvais latin; dictionnaire latin-français, français-latin; latin de Cicéron, de César; parler (le) latin, entendre le latin; écrire en latin. Votre castillan, et notre français, et l'italien encore ne sont que des dialectes issus du latin parlé (LARBAUD, F. Marquez, 1911, p. 126). Le mystère du féminin pour les noms d'arbres en latin (VALÉRY, Corresp. [avec Gide], 1917, p. 451). V. bas1 ex. 37, classique ex. 2, emprunt ex. 7 :
9. ... le latin devint la langue officielle des Francs qui oublièrent la leur, tandis que se formait la langue populaire, le roman, qui, à son tour, a donné naissance au français.
BAINVILLE, Hist. Fr., t. 1, 1924, p. 25.
Latin de cuisine, latin macaronique.
Latin d'Église. Latin en usage dans l'Église romaine; mauvais latin. Du temps où vous m'appreniez à lire, vous aimiez le bon latin. Les barbarismes du latin d'Église n'irritent pas vos oreilles? (SALACROU, Terre ronde, 1938, II, 3, p. 205). La gourmandise. (...) son nom de gargouille intestinale et qui prête à rire en latin d'Église : gastrimargia, quod sonat ventris ingluvies (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 192).
Loc. fam.
Être, se trouver au bout de son latin (vx). Ne plus savoir que dire, que faire. J'avoue que ma veine s'épuise, que je suis au bout de mon latin (JOUY, Hermite, t. 1, 1811, p. 150). Birotteau se trouvait au bout de son latin; il avait usé tous ses artifices pour dérober à sa femme la connaissance des symptômes de sa gêne (BALZAC, C. Birotteau, 1837, p. 286).
(Y) perdre son latin. Ne pas comprendre (quelque chose), ne plus savoir que faire. Il y a perdu son latin (Ac.). Vous êtes graphologue, Et démêleriez, tonnerre! une églogue Dans un grimoire où Nostradamus perdrait son latin (VERLAINE, Œuvres compl., t. 3, Dédic., 1890, p. 147). Toute l'histoire idéaliste de la philosophie perd son latin entre tant de rigueur formelle et de contingence matérielle (NIZAN, Chiens garde, 1932, p. 33). V. décourager ex. 4 :
10. Je ne comprends pas comment qu'on peut laisser ses affaires comme ça et allez-y voir si une autre saurait se retrouver dans ce pêle et mêle. Le diable lui-même y perdrait son latin.
PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p. 896.
C'est du latin (pour qqn) (rare). C'est incompréhensible (pour quelqu'un). Synon. c'est du chinois, de l'hébreu. Madame Grandet, ce que nous avons à dire serait du latin pour vous (BALZAC, E. Grandet, 1834, p. 132).
En partic. Cette langue en tant qu'objet d'enseignement des humanités classiques; étude de cette langue. Apprendre, enseigner le latin; faire du latin; cours, leçon de latin. Puisque tu écris si bien, (...) tu es digne de commencer le latin (STENDHAL, H. Brulard, t. 1, 1836, p. 41). Fierté d'être premier en latin (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 69).
REM. 1. Latinage, subst. masc., p. plais. Latin (supra II B). Il appelle « messieurs de la bachellerie », les instituteurs, maîtres de latinage ou de dessin (VALLÈS, J. Vingtras, Enf., 1879, p. 18). 2. Latinasserie, subst. fém., hapax, péj. Culture latine. Mon père (...) lui interdit formellement l'auvergnat. Elle répond avec amertume : « (...) Mon pauvre ami, avec ta latinasserie et ta grecaillerie, tu en es réduit à défendre à ta femme, qui est de la campagne, de t'éclipser! » (VALLÈS, J. Vingtras, Enf., 1879p. 229). 3. Latinément, latinement, adv. En latin, conformément au latin (supra II B). Ce vœu pensé latinément : « Vade retro » (VERLAINE, Œuvres compl., t. 4, Mes pris., 1893, p. 410). Je prétendais y avoir obtenu [dans une phrase], en dépit de la syntaxe, une construction quasi latinement satisfaisante, parfaitement logique et ne prêtant à aucune ambiguïté (GIDE, Journal, 1931, p. 1096). 4. Latinomanie, subst. fém. Engouement pour la langue latine. Aussitôt une fièvre de latinisme envahit la nation [la Roumanie]; le bel idiome de ses pères, fait d'expressions slaves, latines, albanaises, hongroises et turques, fut expurgé et adapté aux nécessités de la latinomanie jusqu'à ne plus être compréhensible (G. ERIDANT, in R. blanche, n° 46, 1er mai 1895, 409 ds QUEM. DDL t. 21).
Prononc. et Orth. : [], fém. [-in]. Att. ds Ac. 1694. Étymol. et Hist. A. Adj. 1. a) 1119 « qui appartient à la langue latine » (PH. DE THAON, Comput, 2906 ds T.-L.); 1549 « qui s'exprime dans cette langue » poêtes, orateurs Grecz & Latins (DU BELLAY, Deffence et Illustration de la langue francoyse, éd. H. Chamard, I, IV, 30, 24); b) ca 1195 gent latine « se disait des peuples de l'Occident par opposition aux Grecs et peuples d'Asie Mineure » (AMBROISE, Guerre sainte, 1551 ds T.-L.); 1810 « qui a subi l'influence de la langue et de la culture latines » la race latine, la race germanique, et la race esclavonne (STAËL, Allemagne, t. 1, p. 14); c) ca 1195 « relatif à l'Église catholique d'Occident » prestres latins (AMBROISE, op. cit., 12173 ds T.-L.); 2. a) 1549 « relatif au Latium, p. ext. à l'Italie » (DU BELLAY, op. cit., II, XII, 19, 124 : les larges campaignes grecques & Latines sont déjà si pleines); b) 1573 mar. voile latine (DUPUYS, s.v. voile). B. Subst. 1. a) 1119 « langue parlée dans le Latium, puis dans toute l'Italie et l'Empire romain » (PH. DE THAON, op. cit., 99); cf. ca 1165 (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, 121 ds T.-L. : De greu le [le livre] torna en latin); b) ca 1150 « langage des oiseaux » (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 2061); 1338 perdre son latin « (en parlant des oiseaux) demeurer muet » (Vœux du Héron, ms. Berne, 323, f° 90a ds Arch. rom. t. 5, p. 426); d'où 1566 y perdre son latin « ne pas pouvoir expliquer quelque chose, renoncer à comprendre » (H. EST., Apol. pour Hérod., p. 13 ds LITTRÉ); 2. 1558 « latiniste » grands latins (DES PÉRIERS, Nouv. Récr., 21 ds HUG. [dès 1298 comme adj. au sens de « qui sait le latin, lettré, savant » latin et sajes (RUSTICIEN DE PISE, Marco Polo, éd. L. Foscolo Benedetto, XVIII, 8c, p. 11)]). Empr. au lat. latinus « relatif au Latium; latin »; au neutre latinum « la langue latine ». Fréq. abs. littér. : 3 332. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 5 292, b) 4 239; XXe s. : a) 6 368, b) 3 552.
COMP. Latino-américain, -aine, adj. De l'Amérique latine, relatif à l'Amérique latine. Pays latino-américains. Cuba est une des républiques latino-américaines les mieux pourvues en journaux, puisqu'on en compte 84 (Civilis. écr., 1939, p. 38-7). Littérature et civilisation latino-américaines (Encyclop. éduc., 1960, p. 229). [], fém. [-]. Au plur. des latino-américains. 1re attest. 1931 littérature latino-américaine (Lar. 20e); composé de latino-, élém. tiré de latin, et de américain.
BBG. — LLOYD (P.M.). On the definition of Vulgar Latin... Neuphilol. Mitt. 1979, t. 80, n° 2, pp. 110-122.

latin, ine [latɛ̃, in] adj. et n.
ÉTYM. 1119, adj. et n. m.; la gent latine (v. 1195) « les peuples d'Occident »; lat. latinus.
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I Adj.
1 (1549). Antiq. Du Latium; qui est relatif au Latium.
1 Les villes latines étaient des colonies d'Albe qui furent fondées par Latinus Sylvius. Outre une origine commune avec les Romains, elles avaient encore des rites communs (…)
Montesquieu, Grandeur et Décadence des Romains, I.
2 Des provinces ou des peuples soumis à la domination de Rome et ayant adopté sa langue et sa civilisation. Romain. || Les villes latines. || Les peuples latins. || Antiquité, mythologie latine. || Les civilisations latines. || L'expansion du christianisme dans le monde latin. || La langue latine (→ Après, cit. 21; barbare, cit. 18).
N. || Les Latins. || Un Latin (rare; inus. au fém.). || Les Latins et les Germains, et les Slaves.
2 Les Latins s'écoutaient parler, et les Grecs se regardaient dire (…) Les premiers aspiraient au nombre, à la pompe, à la dignité, à l'éloquence; les seconds, à la clarté et à la grâce.
Joseph Joubert, Pensées, XVII, XXIX.
3 (…) l'assimilation complète d'une population nombreuse et saine, ces anciens Gaulois restés les plus prolifiques et vigoureux des paysans, devenus en quarante années les plus civilisés de tous les Latins.
J. Carcopino, Hist. romaine, t. II, p. 999.
(1119). Spécialt. De la langue latine. || Déclinaisons latines. || Désinences (cit. 2) latines. || Alphabet latin. || Tournure latine. Latinisme. || Nom latin. || Étymologie (cit. 8) latine. || Grammaire (cit. 4) latine. || Vers latins. Hexamètre (cit. 2), iambe, pentamètre, trochée.Écrit en latin. || Manuscrit latin (→ Foule, cit. 24). || Textes latins (→ Glace, cit. 13).Qui écrit en latin. || Auteurs (cit. 37) latins (→ Familier, cit. 5; imitation, cit. 14).(Dans l'enseignement). || Thème latin. || Composition (cit. 8), version latine.La littérature latine classique, tardive, médiévale, moderne (→ Néo-latin).
4 À force de temps et d'exercice, je suis parvenu à lire assez couramment les auteurs latins, mais jamais à pouvoir ni parler ni écrire dans cette langue (…)
Rousseau, les Confessions, VI.
5 (…) un samedi (…) M. Beaussier annonça que j'étais premier, en version latine (…) La version, paraît-il, était difficile. Les plus habiles s'étaient égarés en maint endroit. Ils avaient cherché et n'avaient pas trouvé. Mon étourderie m'avait servi.
France, la Vie en fleur, VII.
3 Loc. Le quartier latin : quartier de Paris, situé sur la rive gauche de la Seine, où s'élevait l'ancienne Université (dont l'enseignement était donné en latin) et où se trouvent encore quelques facultés, plusieurs lycées et plusieurs grandes écoles. || Les étudiants (cit. 3 et 4) du Quartier latin. || Restaurants, pensions du Quartier latin (→ Avaler, cit. 8; interne, cit. 1).
4 Par ext. D'origine latine (et surtout par oppos. à anglo-saxon et à germanique). || Les langues latines (ou néo-latines). → Berceau, cit. 14. 2. Roman. || Nations latines, peuples latins, dont la langue et la civilisation sont essentiellement d'origine latine (Italie, France, Espagne…). || Amérique latine : l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, où l'on parle des langues (espagnol et portugais) venues du latin. Latino-américain.Civilisation, culture latine (→ Appoint, cit. 5; centre, cit. 14; croûte, cit. 8). || Esprit (→ Contrepoids, cit. 6), tempérament latin. || Individualisme latin (→ Anonymat, cit.).
6 La nation française, la plus cultivée des nations latines, penche vers la poésie classique, imitée des Grecs et des Romains. La nation anglaise, la plus illustre des nations germaniques, aime la poésie romantique et chevaleresque (…)
Mme de Staël, De l'Allemagne, II, XI.
7 Seulement, pas de bavardages : les Latins parlent toujours trop (…)
A. Maurois, les Discours du Dr O'Grady, VI.
8 La civilisation latine (…) apparaît comme une évidente réalité (…) La marque latine partout où elle a été implantée, se reconnaît immédiatement. Il ne s'agit pas de couleur politique, mais de culture, tandis qu'autour des sociétés proprement latines se dessinent des zones de sympathie, des affiliations. On dresserait aisément une carte des pays qui relèvent de cette atmosphère et l'on serait étonné de l'étendue de la zone ainsi couverte.
André Siegfried, l'Âme des peuples, II, I, Le réalisme latin.
5 (Fin XIIe). Relig. || Église latine : Église chrétienne d'Occident qui célèbre les offices en latin, par oppos. à l'Église orthodoxe grecque ou Église d'Orient. || Rite latin.Croix latine.
9 L'administration de Basile ne fut guère plus heureuse. C'est sous son règne qu'est l'époque du grand schisme qui divisa l'Église grecque de la latine.
Voltaire, Essai sur les mœurs, XXIX.
6 (1573). Mar. || Voile latine : voile triangulaire à antenne, qui était en usage sur la Méditerranée (→ 1. Balancelle, cit. 1; épanouir, cit. 4).
———
II N. m. (1119). || Le latin : la langue latine. || Des gaulois qui écorchaient le latin (→ Cuir, cit. 7). || Mot traduit du latin, qui vient du latin (→ Affliction, cit. 1; exaltation, cit. 1). || Le latin, langue indo-européenne (cit. 1). || Le latin, langue morte qui fait partie des humanités classiques. || Dire la messe en latin (→ Intolérant, cit. 4). || Apprendre, enseigner le latin (→ Enseignement, cit. 6; étude, cit. 11; français, cit. 17). || Faire (cit. 52) du latin. || Entendre (cit. 11) le latin. || Écrire en latin (→ 1. Coulant, cit. 2). || Parler le latin, parler latin. || Être bourré (cit. 6), farci de latin (→ Érudit, cit. 1). || Latin classique. || Latin impérial (du temps de l'Empire). || Latin littéraire. || Latin archaïque. || Bas latin : latin des derniers temps de l'Empire romain et du moyen âge. Latinité (basse). || Latin tardif. || Latin médiéval; latin moderne (botanique, zoologique). || Latin populaire, vulgaire : latin parlé, notamment aux basses époques et jusqu'au moyen âge (abrév. : lat. pop.). || Latin d'Espagne, de Gaule, d'Illyrie… || Latin religieux, ecclésiastique; latin juridique (au moyen âge et ensuite). || Latin scientifique. || Latin d'Église; le latin du Vatican.Le latin de Cicéron, de Virgile; d'Érasme, de Descartes.
10 La difficulté fut que je n'avais pas fait mes études, et que je ne savais pas même assez de latin pour être prêtre.
Rousseau, les Confessions, III.
11 Le patrimoine héréditaire du français se compose essentiellement de mots latins. Ce n'est d'ailleurs pas le latin littéraire de Cicéron ou de Virgile qui est à l'origine de notre vocabulaire, mais le latin familier vulgaire des soldats, des marchands et des colons qui vinrent s'établir dans la Gaule celtique (…)
F. Brunot et Ch. Bruneau, Grammaire historique, no 257.
12 Au dire des spécialistes, neuf cent quatre-vingt-dix sur mille des mots qui composent la langue française viennent du latin qui, lui-même, s'était formé, comme le grec ou le sanscrit, aux dépens des parlers védiques.
G. Duhamel, Refuges de la lecture, VIII.
tableau Classification des langues.
Latin de cuisine : mauvais latin, tel que pourrait le parler ou l'écrire une personne inculte; mauvais latin d'écolier.Latin de sacristie : mauvais latin ecclésiastique.
Loc. Être au bout de son latin : se trouver complètement désemparé, ne plus savoir que dire ni que faire (→ Goinfre, cit. 1).
(1338, en parlant des oiseaux qui se taisent; latin « jargon des oiseaux », v. 1150; sens mod., 1566). Perdre son latin : dépenser en pure perte son temps et sa peine (→ Endoctriner, cit. 1; jeu, cit. 4). || N'insiste pas, tu y perdras ton latin.Spécialt. Ne pas parvenir à expliquer ou à comprendre qqch. ( Incompréhensible). || Quel embrouillamini ! C'est à y perdre son latin.
13 — Ma foi, dit Aufrère, il est à souhaiter que les hommes ne changent pas, car l'observateur y perdrait son latin.
G. Duhamel, Salavin, V, XIV.
DÉR. Latiniser, latinisme, latiniste, latinité.
COMP. Afro-latin, gréco-latin. — Latino-américain.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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